Robotique mobile : vers de nouveaux usages au service des PME

Le 27 octobre dernier, le Pôle EMC2 organisait une journée robotique mobile réunissant une soixantaine de solutionneurs technologiques, d’industriels usagers ou non de robots mobiles et d’académiques. Guy Caverot, président de la société de conseil Inter’nov et Responsable Transfert et Industrialisation à l’IRT Jules Verne, était à l’initiative de l’événement.

Les 11 interventions de la journée ont permis de dresser un panorama complet des dernières innovations et des perspectives en robotique mobile. Sans rentrer dans les détails, quels sont pour vous les points majeurs qui se dégagent ?

“Il y a un réel dynamisme autour de la robotique mobile actuellement. Un dynamisme à la fois au niveau des usages (les robots mobiles sont utilisés dans le domaine historique qu’est le milieu industriel, dans l’agriculture, pour le transport automatisé de charges lourdes, dans le BTP) mais aussi au niveau des champs d’applications puisque ces systèmes interviennent à l’intérieur mais également à l’extérieur des usines.”

“La journée a mis en exergue une grande variété des usages ainsi que la qualité des expertises locales. A Nantes et dans l’Ouest plus globalement, nous disposons d’un écosystème exceptionnel pour développer la robotique mobile, tant au niveau des laboratoires publics comme l’Université de Nantes (et sa filiale CAPACITÉS), l’IRT Jules Verne qui dispose d’une équipe robotique dynamique mais aussi grâce aux ressources dans les entreprises comme e-Cobot, Scallog ou ECA Group qui développent de nouveaux concepts et de nouvelles solutions.”

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Robot HUSKY de e-Cobot © Pôle EMC2
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Robot TREKTOR de Sitia © Pôle EMC2

“Enfin, il est ressorti de cette journée que les solutions technologiques apportent plus de performance aux entreprises, que ce soit par exemple dans la préparation de commandes ou dans le domaine de l’agriculture. Si ces technologies se développent, c’est d’abord parce qu’elles sont utiles à ceux qui les exploitent.”

Pour les industriels qui nous lisent, et notamment les PME, quelles opportunités peut leur offrir la robotique mobile ?

“Il est primordial de bien identifier la cible applicative de ce qu’on veut faire avec des robots mobiles. Il est nécessaire que l’industriel définisse son besoin pour qu’ensuite la société qui propose la solution de robotique mobile puisse répondre convenablement à ce besoin. On l’a vu dans différents retours d’expérience, l’offreur de solutions va co-écrire les spécifications du système. Dans cette première étape, la simulation va souvent permettre de limiter les risques. En dimensionnant l’installation de robotique mobile et en caractérisant les flux, les PME vont disposer d’un aperçu précis de l’installation dans laquelle ils vont investir à terme. Ensuite l’industriel pourra décider de mettre en place un système de robotique mobile.”

“Aujourd’hui, le retour sur investissement (ROI) des solutions de robotique mobile est très souvent inférieur à deux ans (18 mois en moyenne dans l’industrie et la logistique). Il s’agit principalement de technologies qui remplacent des travaux humains difficiles effectués dans des conditions climatiques difficiles, dans le BTP notamment. La robotique mobile apporte en effet énormément en termes de qualité de vie des travailleurs. Compte tenu de la diminution du prix des solutions de robotique mobile, le ROI se fait parfois en moins d’un an, lié à des gains de productivité mais aussi au fait que les systèmes de robotique mobile vont apporter de l’organisation dans les flux de charges isolées dans les usines.”

“Robotiser ce n’est pas seulement passer du mode manuel au mode automatique. Il faut repenser la structure logistique complète de l’environnement. Je fais souvent l’analogie avec le domaine de la chirurgie. Les procédures de chirurgie robotisée sont différentes de celles de la chirurgie manuelle ;, elles n’ont par exemple pas à tenir compte des tâches préparatoires effectuées habituellement par l’humain.”

La Journée Robotique Mobile initiée par Guy Caverot s’est tenue le 27 octobre 2020 © Pôle EMC2

On entend souvent que les robots vont remplacer l’homme dans nos usines, mythe ou réalité ?

“Il faut regarder les choses en face, mettre en place un système robotique a un impact sur les tâches qui étaient auparavant effectuées manuellement. Mais très souvent, ces systèmes de robotique mobile sont installés pour faire face à des croissances de production. L’entreprise investit alors dans une logique de développement d’activité et d’optimisation. Les personnes remplacées par des robots peuvent alors être transférées sur des tâches de production à haute valeur ajoutée mais cette réadaptation n’est pas toujours possible. Notons enfin qu’aujourd’hui, dans la conception-même des usines, on pense directement les solutions robotisées. Il y a donc bien une mutation.”

Cette journée a permis d’aborder le projet européen Corot qui implique huit partenaires industriels et de recherche basés au Royaume-Uni et en France et qui est financé par le programme Interreg France Manche Angleterre. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Corot ? Quel est son principal caractère innovant ?

“Le projet Corot s’inscrit dans une ligne principale qui est celle de l’utilisation de systèmes robotiques dans les PME. En effet, on constate que les PME commencent à intégrer des robots de type polyarticulés mais peu intègrent des solutions de robotique mobile. Un autre point essentiel de Corot est le développement de briques technologiques de robotique mobile pour répondre à un maximum de besoins industriels notamment dans l’alimentation de machines, dans le domaine de la transitique (logistique interne d’une entreprise, ndlr) ou pour des applications de déplacement de charges isolées. Grâce aux partenaires universitaires investis dans ce projet – l’Université de Greenwich en Angleterre et l’Université du Havre en France notamment – des connaissances et savoir-faire sont mis à disposition d’industriels pour aider les PME à intégrer ces robots mobiles.”

“Le prototype présenté à la journée du 27 octobre est un démonstrateur de recherche. Il devra être adapté pour un environnement industriel en termes de taille et de performance notamment. C’est l’objet de la prochaine étape, la démonstration industrielle en Angleterre prévue à la fois dans une PME et dans un grand groupe industriel.”

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Le robot COROT était exposé lors de la Journée Robotique Mobile © Pôle EMC2
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Vous êtes Responsable Transfert et Industrialisation à l’IRT Jules Verne. En quoi cet institut de recherche peut-il être un bon interlocuteur pour une entreprise industrielle à la recherche de solutions de robotique mobile ?

“Comme d’autres acteurs à Nantes, l’IRT Jules Verne peut être tout à fait compétent pour répondre à des besoins de recherche appliquée dans le domaine de la robotique mobile. Plus de 20 personnes composent l’équipe robotique de l’IRT. La plupart sont des chercheurs qui ont des expériences dans les entreprises utilisatrices ou conceptrices de robots. Elles sont compétentes pour inventer et développer des applications innovantes ainsi que pour répondre à des besoins d’intégration de solutions en robotique grâce au transfert de technologies. A titre d’exemples, l’équipe robotique de l’IRT Jules Verne travaille actuellement avec des grands groupes industriels locaux sur des projets visant à faciliter l’intégration de robots mobiles dans l’assemblage d’aéronefs mais aussi des applications pour optimiser la logistique chez des acteurs de l’industrie lourde.”

“Compte tenu de son expérience et de son savoir-faire dans la robotique mais aussi autres dans d’autres technologies comme les matériaux, l’IRT peut être force de propositions, à la fois pour des solutions techniques et pour des mises en relation avec des experts. Par exemple, son expertise en matériaux et fibre de carbone lui permet de répondre à des besoins d’allégement des machines pour des sociétés de robotique mobile.”

David Jouanin et Guy Caverot présentent Alstef Group et le projet COROT lors de la Journée Robotique Mobile © Pôle EMC2

Vous êtes également président-fondateur de la structure Inter’nov, pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

“Inter’nov est une entreprise qui a deux activités dans le domaine de l’innovation et de la robotique. La première est l’enseignement dans les écoles (ENSAM, CentraleSupelec, INSA…), la seconde est l’expertise technique en innovation portant sur la robotique, comme la structuration de projets d’innovation, la constitution de consortia, l’identification d’acteurs du domaine et la mise en relation avec des laboratoires de recherche.”